Déclaration de l'Artiste

Les livres, dans mes souvenirs les plus lointains, ont toujours eu une grande influence dans ma vie. Car les mots, sources d’inspiration, souvent même de consolation, suscitent chez moi des images.
     Inspirée par la littérature, j’ai appris à voir non seulement par les yeux mais aussi à travers mes pensées. Les deux manières de voir, physique et mentale, complètent le pouvoir de perception. J’ai commencé à transformer des livres en objets, « récipients de littérature », scellés dans de la cire d’abeille, et les ai complétés par des images visuelles qui m’étaient suggérées pendant que je les lisais.
     Il me paraît étonnant que notre civilisation emmagasine à présent les documents qui contiennent des idées et pensées dans de nouveaux moyens digitaux qui ne dureront qu’une courte fraction de vie humaine. Comme toutes choses, les informations numériques se désagrègent avec le temps. En outre, quand l’ensemble d’un dossier informatique est dérangé, n’apparaît qu’un écran vide ou rempli de signes incompréhensibles, tandis qu’une page de papier se délite, elle, avec élégance. Une maison moderne devient déshumanisée lorsque ses livres sont tous remplacés par de l’électronique. L’électronique expose une triviale immédiateté qui apparaît toujours à l’esprit à l’intérieur du même cadre inchangeant.
     Et, parce que l’accumulation d’objets et particulièrement de livres, est l’expression de la mémoire, permettant la superposition du passé et du présent, je ressens que notre époque est en train d’assassiner Proust.
     D.W. Winnicot, le psychanalyste britannique exprime une théorie selon laquelle les artistes sont des êtres habités par un conflit intérieur : celui du désir de communiquer et celui plus fort de se cacher.
     Ces livres clos ne sont pas seulement l’antithèse de l’Age Numérique mais ils sont aussi des entités, issues d’une interprétation personnelle qui, simultanément, révèlent et obscurcissent ce que les livres contiennent.

Veronika Anita Teuber

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